Les stigmates de la stigmatisation

Publié le par Malik S.

Les stigmates de la stigmatisation

je ne veux pas bouder mon plaisir : il y avait quelque chose de beau, de grand même dans la manifestation du 11 janvier, comme une prise de conscience des valeurs de la République et de la Nation, symbolisées par cette translation de l'une à l'autre.

Mais il ne suffit pas de prôner la solidarité pour que ses idées se tiennent la main et journalistes et politiques ont maintes fois démontré leur capacité à préférer les idéaux aux idées.

Sauront-ils tirer les leçons de cette attaque contre les valeurs qui ont fondé la France ou continueront-ils à concurrencer les acteurs français un soir de cérémonie des césars, par leurs vœux de paix candides et leur foi inébranlable en le « vivre-ensemble » ?

A force de stigmatiser la stigmatisation, cela fait des années qu'on ne peut plus parler de certains thèmes sans être accusé de surfer sur la vague du populisme, fût-elle à contre-courant, ou de problèmes liés à l’immigration sans être taxé de racisme. Or, nous sommes tous coupables d'avoir laissé de tels thèmes aux mains des pétrisseurs de clichés et autres aplatisseurs d’idées que sont Jean-François Copé, Marine Le Pen et consorts.

Que les pains au chocolat ne transcendent pas les différences droite-gauche, c’est une chose, le boulanger n’enfante pas nécessairement le boulangisme, mais faut-il pour autant jeter ceux qui en parlent au four ? Et, plus grave, faut-il, sous ce prétexte, balayer le débat que pourraient provoquer ces déclarations aussi caricaturales fussent-elles, du revers de la pelle à tarte et nous laisser rouler dans la farine par le premier trotskyste à moustaches venu ?

Certes, nous le savons bien, et nous le redisons, ces thèmes sont souvent abordés maladroitement et sans nuances par certains de nos représentants politiques mais, tout le monde n'ayant pas le talent de Charb ou Cabu, faut-il forcément répondre à la caricature par une autre caricature ? N’est-ce pas un peu également la responsabilité des journalistes d’engager le débat plutôt que de classer l’affaire en « dérapage » quand on sait que ceux des politiques sont presque toujours contrôlés ?

La djihadisation des quartiers par des groupuscules fanatiques cherchant à enrôler des jeunes ne méritait-t-elle pas qu’on y prête davantage attention surtout lorsque l’on sait que cela concerne de nombreuses banlieues et de nombreuses villes qui ne font pas partie des zones dites « sensibles » ? Répondre aux problèmes posés par l'immigration, c’est-à-dire à un problème de fond posé par notre société, c’est tenter de répondre à l’échec de l’intégration en même temps qu’à l’échec de l’ascenseur social. N'est-ce pas un peu dommage de se contenter de traiter son interlocuteur de raciste pour ne pas avoir à y répondre ?

C’est certes facile d’allumer un incendie mais c’est encore plus facile de l’éteindre sans se demander d’où il vient ni pourquoi il a été allumé.

Or, il y a déjà, dans l'empressement qu'ont eu certains, à peine quelques minutes après l'attentat à Charlie Hebdo, à appeler au combat contre l'amalgame ou dans le besoin qu'ont eu d'autres de préciser que le fanatisme existait dans toutes les religions, des signes avant-coureurs de radotage et de balbutiement de l'Histoire.

Pourquoi tant de gens se sentent-ils systématiquement obligés de défendre ceux qui ne sont pas attaqués ? Pourquoi ce besoin systématique chez certains, lorsqu’ils abordent des questions touchant à l’Islam, de s’excuser presque en disant que cela n’a rien à voir avec la religion ? Les vrais Musulmans, ceux qui pratiquent leur religion avec sincérité, ne le savent-ils pas mieux que quiconque ? Ne sont-ce pas plutôt les gens qui s’excusent systématiquement lorsqu’ils critiquent les excès de l’Islamisme qui ont un problème avec cette religion en se figurant que les vrais Musulmans vont nécessairement se sentir stigmatisés lorsqu’on va viser les faux ? Il y a quelque chose de suspect dans cet ultra respect et le mot même d’Islamophobie pose problème : depuis quand serait-ce un crime de ne pas aimer telle ou telle religion ? Les gens se privent-ils pour dénigrer publiquement la religion catholique ? La foi et la religion sont bien affaire de croyance individuelle, pas d’origine ni d’identité, on a le droit, jusqu’à preuve du contraire, de ne pas les aimer. Elles devraient donc pouvoir être critiquées et remises en question librement et ce d’autant plus que très souvent ce ne sont que quelques comportements minoritaires qui sont stigmatisés. Beaucoup de politiques et de journalistes continuent de réagir de la même façon que certains islamistes ont réagi aux caricatures de Charb, sans même s'en rendre compte.

Enfin, cette « peur de l'amalgame » qui s'est soudain emparée de la France juste après le 7 janvier, si elle est en partie justifiée, montre de nouveau une incapacité totale de nos élites à interpréter les signes du présent et à analyser la situation actuelle de la France.

Tout le monde sait bien que les djihadistes et les extrémistes sont une minorité mais en quoi cela devrait-il nous rassurer ? Il faudrait être sacrément inculte pour penser que les pays ne sont en danger que lorsque les fanatiques sont plus nombreux que les modérés et le nombre de djihadistes recensés sur le sol français ainsi que notre incapacité à surveiller même les profils à risque (comme Chérif Kouachi ou Mohamed Merah) aurait alerté n'importe quel gugusse doté d'un cerveau.

Mais il se trouve encore de nombreuses personnes pour s'indigner davantage du sort réservé à certaines mosquées que de l'assassinat revendiqué, au nom de leur religion, de quatre juifs de France, pour s'inquiéter davantage du futur sort des musulmans que de celui des juifs, qui ont déjà déserté les écoles publiques de la périphérie de la capitale dans la plus grande indifférence, pour trouver que les juifs sont toujours préoccupés par les problèmes de leur communauté sans faire le rapprochement avec le fait que personne d'autre ne s'en indigne, pour s'indigner de la médiatisation de la mort de 17 personnes au regard de ce qui se passe ailleurs dans le monde, sans comprendre que c'est justement parce que la France est encore un pays démocratique que le choc est si violent. Et je ne parle même pas des réactions de beaucoup de jeunes musulmans dans les classes, qu'on essaye comme on peut d'étouffer, des réactions de joie de certains sur les réseaux sociaux ou des rumeurs de complot qui se répandent comme une traînée de poudre sur le Net.

Non, car l'important, pour reprendre le mot d'un ami, c'est qu'Edwy Plenel, qui se pense dans les années 30 et croit combattre les fascistes quand il combat ceux qui leur résistent, qui, à la manière de Barbey d'Aurevilly, critiqué par Zola, « ne donne pas de raisons, cela est inutile » mais « se fond dans le vide, sue, trépigne, tue des fantômes, et l'exercice terminé, rentre dans la coulisse, persuadé que la France a frémi de cet effroyable combat », l'important disais-je donc, c'est qu'Edwy Plenel, lui, ne risque rien.

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Yop 30/01/2015 09:38

Bien dit !

Malik sepeut 25/01/2015 16:16

Merci beaucoup.

athéerée 24/01/2015 14:19

Excellent